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J’ai testé: la vie d’entrepreneure

L’an dernier, j’ai saisi l’opportunité de réaliser un rêve de longue date: celui de me partir en affaires et de servir mes propres clients. Il faut dire que l’entrepreneuriat est plus populaire que jamais et que les ressources abondent pour démarrer sa propre entreprise en cette ère numérique. Comment les apparences se comparent-elles à ce qu’on vit quand on est «dedans»? Voici un résumé de ma première année en tant qu’entrepreneure.

«Isabelle, je m’apprête à ruiner ta journée.»

C’est ainsi que j’ai appris, un matin d’avril, que je faisais les frais d’une restructuration et que le poste que j’occupais depuis de nombreuses années disparaissait momentanément. Pourtant, la colère et l’incertitude ont très rapidement fait place à l’enthousiasme: voilà l’occasion rêvée pour enfin démarrer ma propre entreprise! C’est le moment ou jamais, me suis-je dit, et j’ai sauté dans l’aventure. Moins de 48 heures après avoir appris la nouvelle, j’étais déjà en marche. J’ai été surprise du soutien quasi-instantané de mon entourage et de mon conjoint: alors que la plupart des entrepreneurs en graphisme commencent par offrir leurs services en «side-line», je sautais sans parachute dans l’aventure à temps plein. Pourtant, je partais de loin, avec tout à définir. Positionnement, offre de services, image de marque, modes de promotions, etc. – la marche était haute.

Première découverte: l’esprit de communauté

Quand on occupe longtemps le même emploi, il est facile de prendre ses aises et de cesser d’assister à des événements en lien avec son champ d’expertise, ou encore ses intérêts. Ma première mission en tant qu’entrepreneure: élargir mon réseau, apprendre des nouvelles choses et sortir de mon studio. J’ai donc assisté à mon premier WordCamp, à l’Expo Entrepreneurs, à une soirée pitch chez Ulule et à Creative Mornings, en plus de nombreuses conférences-midi au Desjardins Lab. J’ai aussi joint plusieurs groupes liés à l’entrepreneuriat sur Facebook et bâti mon réseau sur LinkedIn. Au cours de ces activités, l’esprit d’entraide et la générosité qui règne dans la communauté entrepreneuriale montréalaise m’a surprise. Je croyais rencontrer beaucoup plus de retenue de la part de compétiteurs: après tout, le domaine du design graphique a la réputation d’être une jungle!

Deuxième découverte: trop, c’est comme pas assez

Comme je disais au début de cet article, l’entrepreneuriat a présentement la cote et les ressources abondent pour se partir en affaires. Et beaucoup de ces ressources sont disponibles via les réseaux sociaux. Il suffit de commencer à interagir en ligne pour que Facebook et compagnie découvrent notre intérêt pour la business: exit les photos de chats des amis, bonjour les pubs de coaching! J’avoue que cette avalanche m’a fait retarder mon recours à un service d’accompagnement. Mon expérience en marketing en en pub me permet de voir les ficelles derrière tous les efforts de promotion dont sont constamment bombardés les nouveaux entrepreneurs. Beaucoup de ces services d’accompagnement se ressemblent et promettent de gros résultats sans trop mentionner le travail colossal que ces résultats impliquent. J’ai fini par arrêter mon choix sur Stéphanie Forgues, que j’aurais aimé avoir découvert plus tôt. Son approche en profondeur me convient parfaitement.

Un autre danger de cette avalanche de ressources est de passer trop de temps à se former à l’entrepreneuriat et pas assez à rouler sa business. Le chant des sirènes est fort et quand on rame seule la barque, on doit redoubler d’efforts pour garder le focus. Je me suis aussi désabonnée de plusieurs groupes et je masque systématiquement les pubs Facebook qui me promettent un flot incessant de clients.

Troisième découverte: le choc du réel

Avant de me lancer en affaires, j’ai évolué pendant quatorze années dans le domaine du marketing et de la publicité. J’ai géré une équipe de création pendant plus de dix ans. Mais peu importe ma connaissance des cinq « P » et de l’élaboration d’un message bien ciblé, j’ai découvert que les théories du marketing s’appliquent différemment lorsque c’est son propre argent qui est en jeu. Le risque n’est pas le même quand on est solopreneure! Cet apprentissage est, selon moi, le plus précieux que j’ai acquis cette année. Sans tomber dans le piège de ne pas avancer par peur du risque, on pèse tout de même plus les décisions quand on joue avec son propre argent. Il m’est aussi beaucoup plus facile, maintenant, de comprendre les réticences de mes clients et de les guider en conséquence.

Quatrième découverte: ça me prend une gang!

Dans les médias comme dans les livres et les réseaux sociaux, il semble y avoir une tendance à glorifier l’entrepreneur aux dépens de l’employé. C’est facile de succomber aux apparences et de regarder la vie d’employé de haut. Après tout, travailler seule, chez-soi, suppose une liberté presque sans limite. Je suis maître de mon horaire! J’ai aussi l’opportunité insoupçonnée de travailler sur moi, un must en fait si on veut survivre en étant son propre patron. Pourtant, j’ai été étonnée de constater, lors de remplacements comme surnuméraire en entreprise, que je suis beaucoup plus heureuse lorsque je travaille en équipe entourée de collègues. Comme je suis plutôt du genre à avoir besoin de ma bulle pour me ressourcer, je dois avouer que je ne m’attendais pas à ça. J’ai remarqué que les horaires routiniers ont aussi leurs avantages. Il est plus facile de planifier du temps en famille. Comme je suis adepte du transport en commun, travailler à l’extérieur me donne aussi du temps « forcé » pour lire ou pour écrire du contenu alors que je suis dans le train ou dans le métro. J’avoue que d’accepter ce constat m’a pris du temps: dans la communauté entrepreneuriale, redevenir employé est tabou. Pourtant, il n’y a rien de mal à choisir ce qui nous convient le mieux, peu importe les réactions de son entourage. N’est-ce pas là le principal défi de l’entrepreneur?

Ce que j’ai appris, en bref

  • Employé(e) ou entrepreneur(e), il est essentiel de sortir de sa bulle et de réseauter.
  • Le coaching peut faire toute la différence, à condition d’avoir un(e) coach avec de l’expérience pertinente et qui enseigne plus que de simples évidences.
  • On voit les choses d’un tout autre œil lorsqu’on finance soi-même les initiatives.
  • La vie d’employé(e) n’est pas forcément moins enviable que celle d’entrepreneur(e).

Voilà donc la conclusion naturelle à cette année riche en apprentissages: je suis maintenant à la recherche d’un emploi à temps plein. Solutions visuelles I.P. ne disparaît pas pour autant: je me donne le temps d’ajuster mon offre de services en fonction de mon nouvel horaire, le temps venu.  J’ai déjà hâte de retrouver le plaisir de faire partir d’une équipe de façon assidue et de contribuer au succès d’une autre entreprise! Chose certaine: maintenant que je sais que le gazon n’est pas toujours plus vert de l’autre côté, j’apprécierai cet emploi encore plus.

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One thought on “J’ai testé: la vie d’entrepreneure

  1. Merci pour ce témoignage en toute franchise ! Sur le web on a tendance a vous vendre que la vie de solopreneur est merveilleuse et que chaque jour est un rêve éveillé…
    Je suis à mon compte depuis quelques jours et pour l’instant en mode « vacances » même si je prépare assidûment la rentrée. Cela fait plus d’un an que je cumulais salariat et création d’entreprise, et j’arrivais à un point ou certes je ne gagne pas assez pour en vivre mais je ne pouvais pas me développer sans y consacrer plus de temps…
    Alors j’ai décidé de me lancer, et qui sait dans quelques mois je me remettrais peut être comme toi à chercher un poste salarié, mais j’aurais essayé, et je ne regretterais rien !
    On en reparlera peut-être 🙂
    Merci pour ton blog que je viens de découvrir, et que je vais suivre avec intérêt !

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